03/03/2013

La fête de Grabels


Le portrait de sa ville, de son village, mais en n'utilisant que les voyelles contenues dans son nom. 



Avant de gagner septembre et la rentrée des classes, année après année, été après été, c'est le terme des vacances et la fête à Grabels. Les tables des terrasses des cafés et des bars se chargent de verres de blanc et de pastaga. La départementale traversant Grabels est barrée, pas d'accès c'est la règle. Les platanes, ces arbres de la grand place, cléments, cachent l'astre. Dans le dédale des axes de Grabels, c'est le lâcher de vachettes avant le carnaval et le spectacle des "Garces de Grabels" - de la grâce je ne m'en rappelle pas tant... Les enfants demandent de l'argent, campent et bavent devant les stands de barbe à papa, de crêpes et cherchent, alertes, à rentrer dans les manèges. Les bras, tenant les cannes, pêchent les canards. Des cadets argentés achètent farces et attrapes. Les cadettes argentées préfèrent, elles, les balades à cheval à sept francs.
Le bal à papa brasse les âges avant que les pépés et les mémés ne s'écartent. Les parents cherchent les enfants échappés, le cache-cache est géant. Place à la fête des ardents. La scène met en avant "Max et les starlettes": sax, basse, gratte et chant. Danse, regards en travers et femmes fantasmées. A l'écart des fêtards et de la masse, des lèvres se cherchent. Éméchés,  les amants allègrement s'embrassent, se dévêtent. Sexe dressé, sexe pénétré, enfant l'année d'après... pas de père déclaré. Verre après verre, à en être malade, - "allez c'est la fête!" - le jaja a gagné. A l'écart des masses, gavé, le rendre et prendre gare à ne pas marcher dans la gerbe en partant, tentant de regagner sa chambre. Ces mares sales léchées par des chats affamés et dégénérés.
Et là regardez : cela dégénère. C'est la bagarre générale, la castagne. La bande de Grabels face à celle des Matelles, ravages dans les rangs, dents par terre, vêtements tachés de sang et la lame, menace présente dans les vestes des mecs :
- "allez remballe le! Arrête de merder là! Calme les gars..., c'est la fête, allez pas la gâcher!"
- "ca va se gâter, j'appelle les gendarmes."
- "Appelle les, là le gars est en danger, ce mec va le dépecer. Dépêche !"
Les pépés et les mémés gravent et parlent de ce spectacle : "Ah les garnements! les chenapans!"

L'astre se lève. Le pépé émerge de ses pénates, se lamente : " Ah ce dégât, j'exècre la fête". Le pépé regarde les déchets balancés devant les stands en attente des agents chargés de ramasser, de laver, de ranger et de remettre en état la place ravagées par les fêtards : "Ah la fête de Grabels..."